« Le Saviez-vous ? » Ça souffle sur le Léman !

Le BOM vous propose de découvrir les nombreux vents qui accompagnent les navigateurs durant leur course, en compagnie de Bernard Dunand, météorologue.

Les noms de la rose

En quarante années de carrière chez MétéoSuisse, Bernard Dunand a appris à observer les mouvements d’air. Plongée avec lui dans la magie de la rose des vents du Léman, dont les noms font parler les montagnes et les châtaigniers.

Par Matthieu Ruf

Ils s’appellent séchard, joran, fraidieu ou molaine. Invisibles, peu connus, ils sont pourtant présents toute l’année aux côté de ceux qui vivent au bord du lac Léman. Ils ? Les vents. Entre Genève et Villeneuve, le souffle d’Eole est une rose dont les pétales varient au gré des saisons, de leur vigueur et… du lieu d’où on les nomme. Pour les comprendre, les sentir, le météorologue à la retraite Bernard Dunand n’a pas son pareil.

« Mon premier souvenir météorologique ? Le bruissement des feuilles du peuplier, à l’âge où je faisais encore la sieste l’après-midi… » Dans son appartement qui surplombe Genève, ouvert aux quatre vents, l’ancien vice-champion olympique (*il remporte avec Louis Noverraz la médaille olympique d’argent en 5,5m JI à Acapulco en 1968) déplie quelques documents sur la table. Pédagogue réservé, il explique. L’importance du relief de la région lémanique, qui canalise toujours les grands courants continentaux de la même manière. Puis la distinction entre les vents de gradient, fabriqués par la différence d’isobares entre des centres de haute et de basse pression en Europe, et ceux produits par des phénomènes locaux : orages ou changements de température entre le jour et la nuit.

Dans la première catégorie, la fameuse bise, venant du nord-est et synonyme de temps frais et sec, est l’air le plus connu des Lémaniques. Son équivalent du sud-ouest s’appelle simplement « le vent » et amène en général de la pluie. Mais tous deux ont leur double : la bise noire, aux nuages abondants, et le vent blanc, accompagné de soleil. Enfin, le foehn, sur le Léman, se traduit par la vaudaire, de secteur sud-est : un air chaud descendant des montagnes, qui l’ont asséché en retenant l’humidité. « Déraisonnable et méchante », c’est ainsi qu’André Guex (1904-1988), poète du lac, auteur de plusieurs livres, qualifiait la vaudaire en 1946 : « Elle a bien des morts sur la conscience parce qu’elle griffe plutôt qu’elle ne souffle. » Le terme « vaudaire » vient-il de l’origine immédiate du vente, le Valais, ou plutôt de son point d’arrivée, les côtes vaudoises ? « Personne n’en est très sûr », sourit Bernard Dunand, bien conscient du caractère aléatoire de cette onomastique de l’immatériel. Pourtant, les désignations locales sont riches de significations. Ainsi, la molaine, brise thermique du matin soufflant dans le Petit Lac, semble aux riverains descendre du Môle, un sommet haut-savoyard ; le joran, cause de redoutés coups de tabac, apporte l’orage du Jura ; le vent blanc se dit en patois vaudois maura blyia, parce qu’il mûrit les blés ; la marinée nocturne s’appelle aussi marronille, car elle charrie l’odeur des plantations de châtaigniers entre Le Bouveret et Saint-Gingolph…

© DR

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Cette abondance de noms, souvent accompagnés de diminutifs ou d’augmentatifs pour exprimer des variations d’intensité, s’explique par le fait qu’à la différence des marins de mer, les navigateurs lémaniques, presque toujours en vue des côtes, se repèrent en fonction de localités ou de spécialités géographiques. Reste à savoir comment distinguer telle brise lacustre d’une autre. « C’est facile de se tromper, concède Bernard Dunand. On m’a toujours dit, par exemple, que la vaudaire ne souffle pas au-delà de Morges. Mais une fois, j’ai navigué avec de la vaudaire jusqu’à Genève… où ils pensaient avoir eu de la bise ! »

Pour la voile, justement, quels sont les meilleurs vents ? « Pour le Bol d’Or, la bise peut être bonne parce qu’on va rentrer très vite, relève le météorologue. Mais ça va être pénible, car il faudra se battre contre les vagues jusqu’à Lausanne. » Pour naviguer moins « sportif », mais en ayant plus de plaisir, les vents thermiques comme le séchard ou le rebat sont préférables. Et le plus mauvais ? « Quand il n’y a pas de vent ! rit Bernard Dunand. Mais aussi les vents d’orage, comme le bornan plein sud, car on ne sait jamais à quelle sauce on va être mangé. »

La brise, en ce jour d’avril, traverse doucement son appartement. Observateur du ciel, au nez et aux instruments, depuis des décennies, l’homme qui note chaque jour le temps qu’il fait a-t-il déjà été surpris par un vent qu’il n’attendait pas ? Bernard Dunand met de côté, un instant, sa modestie. « Souvent, je sens venir… »

(Source : Hors-Série de L’Hebdo, Printemps 2010)

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